USA : LA DYNAMIQUE DE LA GAUCHE
- contrediremedia
- 27 juin
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La percée des DSA et des alliés de Mamdani est réelle aux primaires démocrates en vue des élections à la Chambre des représentants.
Les trois candidats soutenus ont gagné les primaires démocrates de New York.
Mamdani s’installe durablement comme une figure politique puissante et de plus en plus influente aux États‑Unis, tout comme les DSA. Cela contredit le récit de ceux qui voyaient ce succès comme un moment éphémère, un triomphe individuel.
C’est un véritable mouvement politique qui s’impose au Parti démocrate et bouscule l’establishment.
LA DÉFAITE DE DAN GOLDMAN, LE CANDIDAT DE L’AIPAC ET DES AFFAIRES
Au cœur du 10ᵉ district congressionnel de New York, l’ancien contrôleur de la ville de New York, Brad Lander, a terrassé une personnalité mineure de la droite démocrate, Dan Goldman. Ses liens ambigus avec le Parti républicain sont connus. En outre, la force de Goldman était l’importance de ses soutiens financiers, allant de l’AIPAC aux milieux des affaires. Une force toutefois insuffisante.
À l’inverse, Lander est une voix critique d’Israël, qui dénonce un génocide en Palestine et critique l’aide militaire. De plus, ce district compte une importante population juive. Cela démontre, s’il le fallait, qu’une partie conséquente des personnes juives de New York ne se reconnaissent plus dans le soutien inconditionnel à Israël.
Il faut noter que Mamdani se mobilise aussi fortement contre les déclarations antisémites, peu importe la personnalité en cause, qu’elle se dise de droite comme de gauche. Lander est aussi une personne juive.
LA DÉFAITE D’ADRIANO ESPAILLAT, L’OPPORTUNISTE « DE GAUCHE »
Dans le 13ᵉ district congressionnel de New York, la jeune Darializa Avila Chevalier a vaincu une figure influente du Parti démocrate, Adriano Espaillat. Membre du Caucus progressiste du Congrès, Espaillat faisait partie des 100 députés les plus progressistes des États‑Unis. À la différence de Mamdani, Sanders ou Chevalier, il n’a pas construit sa carrière contre l’establishment démocrate néolibéral, il en incarne plutôt « l’aile gauche », notamment dans sa défense du logement abordable.
Dès lors, Espaillat a un discours proche de Bernie Sanders sur de nombreux points, mais son profil intégré dans la direction démocrate l’amène à plier face à la droite démocrate et même au Parti républicain.
Ces dernières années, Espaillat savait sa place en danger ; il s’était un peu radicalisé, en refusant de voter le compromis de Joe Biden entre républicains et démocrates en 2023 (loi sur la responsabilité fiscale). Il l’avait fait aux côtés des alliés de Sanders et cherchait même le soutien de Mamdani. Mais ses fluctuations idéologiques n’ont pas convaincu la gauche démocrate, tout comme ses positions changeantes sur la Palestine et le soutien de l’AIPAC.
LA DÉFAITE DE LA GAUCHE MOLLE, ANTONIO REYNOSO
Successeur de la puissante baronne du Parti démocrate du 7e district de New York, Nydia Velázquez, Antonio Reynoso ne s’attendait pas à être battu par la DSA Claire Valdez, notamment en étant appuyé par les réseaux syndicaux et communautaires de sa mentor.
Velázquez a longtemps été un pont entre la droite démocrate et les progressistes, plutôt du Caucus progressiste du Congrès. Plus le temps est passé, plus Velázquez est devenue consensuelle, soutien de premier plan de Biden, et dernièrement, la radicalité affichée des DSA était un peu trop pour elle. Depuis son élection il y a des décennies, les inégalités ont explosé et le trumpisme impose un agenda fasciste.
In fine, la victoire de Claire Valdez est l’illustration d’un rejet d’une gauche trop molle, trop consensuelle, plus assez offensive.
La mobilisation de l’appareil du parti, de Hakeem Jeffries, le chef de file des démocrates à la Chambre, ou de la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, n’a pas pu empêcher les exploits de la gauche démocrate et des DSA.
Cela s’ajoute aux candidatures d’Adam Bojak, Christian Celeste Tate, Eli Northrup, Illapa Sairitupac, Samantha Kattan, Eon Huntley, Diana Moreno et David Orkin pour l’Assemblée de l’État de New York, ainsi que Aber Kawas et Jessica Gonzalez‑Rojas au Sénat d’État.
Toutefois, des personnalités établies et de la droite démocrate gardent une grande influence à New York, comme le député Micah Lasher du riche Upper West Side, Ritchie Torres, la voix la plus pro‑israélienne du camp démocrate à la Chambre, ou d’autres candidats comme Cait Conley.
Pour autant, la montée de la gauche démocrate impose bien à la droite démocrate de s’ouvrir sur des thématiques comme l’accès au logement, l’imposition des plus riches et les services publics.
La carte du vote démocrate illustre une possible stratégie : miser sur les candidatures les plus progressistes dans les circonscriptions les plus démocrates, afin de pousser le Parti démocrate à gauche, de mettre la pression sur l’establishment, mais conserver des candidats bien moins radicaux pour les territoires les plus conservateurs.
Or, de la victoire de la candidate Janeese Lewis George à la mairie de Washington, au bon score de Nithya Raman face à Karen Bass à Los Angeles, en passant par l’élection de la DSA Katie Wilson à Seattle, la gauche démocrate étend sa puissance aux États‑Unis.
C’est parfois au détriment de tous les pronostics, dans des territoires étonnants, mais c’est aussi semé d’embûches, face à des milliards d’euros dépensés pour abattre chaque candidat de la gauche démocrate ou des DSA.
Cette ascension n’est sans doute que le début.
Antoine Trupiano


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