JEAN MOULIN : CAUCHEMAR DES RÉACTIONNAIRES
- contrediremedia
- 24 mai
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Qu'ont-ils fait de Jean Moulin ?
Jean Moulin était une figure radicale de l'Histoire de la gauche, de l'antifascisme et de la résistance.
En 1936, le Front populaire n'a clairement pas fait un large consensus, et cela bien au-delà de la droite officielle. Des anciens de la SFIO, des dits modérés, comme un certain Adrien Marquet (futur collaborateur en devenir), n'en voulaient pas. Un gouvernement de la SFIO au Parti radical, soutenu par le PCF, n'était pas du goût des chantres de la modération.
Ancien député, ministre de Doumergue et maire de Bordeaux, Marquet incarnait la voix de la gauche respectable, de gouvernement dirait-on aujourd'hui. Marquet déclarait ouvertement : « Le socialisme, c’est une volonté d’ordre ». Léon Blum y voyait surtout des dérives dangereuses : « ses ambitions personnelles, sa trahison de tout son passé, de ses amis, de ses convictions défendues pendant vingt ans ». La presse et la bourgeoisie ont très mal reçu les purges et les départs poussés de la droite de la SFIO dès 1933 (Adrien Marquet, Marcel Déat...). Dans ce contexte, le soutien de Jean Moulin au Front populaire était radical.
En tant que chef de cabinet au ministère de l'Air du Front populaire de son mentor politique Pierre Cot, Jean Moulin a poussé discrètement une position très minoritaire dans la classe politique : le soutien à la République espagnole et l'hostilité au coup d'État de Francisco Franco contre le Front populaire espagnol, appuyé par Adolf Hitler. Peu osaient aller sur ce terrain, même les blumistes.
Par ailleurs, la Seconde République espagnole était un cauchemar des conservateurs de tout bord : affirmation des droits des femmes (le Sénat français refusait alors le droit de vote des femmes), de droits sociaux, contre les discriminations, et en plus avec une victoire de la gauche... C'était une résistance plurielle à Franco certes, mais comme si cela ne suffisait pas, on entendait résonner le « No Pasarán » de la communiste Dolorès Ibarruri et les anarchistes en Catalogne. Affreux pour eux. Un haut fonctionnaire de l'État au service de cela, on parlerait de nos jours d'entrisme, d'État profond.
Une part de la prétendue gauche modérée soutenait le retour à l'ordre de Franco, notamment face à l'URSS, tel l'ancien éléphant de la SFIO Pierre Laval. Laval était de plus en plus proche d'un dit héros de la Première Guerre mondiale, Pétain, et de son conseiller monarchiste Alibert (bientôt ministre du régime de Vichy).
Or, l'adhésion du Parti radical au Front populaire n'était pas pleine et entière, principalement une réaction aux troubles de 1934. En effet, au cœur de la circonscription de Morlaix 1, Pierre Mazé, puissant secrétaire général des radicaux et bras droit de Daladier, s'est moqué éperdument du Front populaire, mais il a été terrassé par l’élection du jeune Tanguy Prigent.
En 1938, Daladier a trahi le Front populaire et dirigé avec une droite déjà dangereuse, ayant tenté de placer l'antisémite notoire Xavier Vallat à la présidence de la Chambre des députés. C'en était trop pour Pierre Cot, qui a rompu avec Daladier et le Parti radical. Jean Moulin n'a pas non plus été un serviteur des gouvernements Daladier. Et ce choix de Jean Moulin était radical.
Face à l'avènement du régime de Vichy et de l'occupation, Jean Moulin fait partie de l'infime minorité à entrer dans la Résistance, et même une Résistance ayant recours à la violence sur le territoire. Il faut s'imaginer que le recours à la violence politique appartient alors à l'extrême gauche, à la gauche révolutionnaire, aux pratiques des anarchistes du XIXe siècle.
Cela paraît évident du haut de notre recul historique. Pour l'époque, on parle du recours à la violence politique contre le maréchal Pétain, dont les pleins pouvoirs ont été votés par le Parlement. Pour l'immense majorité de la population, le régime de Vichy est le gouvernement de la France.
In fine, l'alliance entre Jean Moulin, unificateur interne de la Résistance, et De Gaulle, planificateur international, a bien eu lieu. Ce n'était pas une soumission totale à De Gaulle, sinon le programme social du CNR n'aurait jamais existé.
De plus, De Gaulle était très loin de ce que la droite parlementaire a porté au sein des années 30. En effet, de nombreux chefs des droites parlementaires, à l'image de Pierre-Étienne Flandin, ont servi Vichy, à l'inverse de la plupart des leaders du Front populaire (Péri, Cot, Pivert, Blum, même Daladier...). Ainsi, le gaullisme a construit au début l'essentiel de ses soutiens souvent en dehors de la classe politique de droite, notamment dans le monde militaire.
Afin de mesurer ce que représentait De Gaulle à cette période, il faut souligner cette formule de propagande vichyste : « gaullo-communiste ».
Puisque la promotion du film de László Nemes et Gilles Lellouche n'ose pas le dire, il faut rappeler ces mots du secrétaire particulier de Jean Moulin, Monsieur Daniel Cordier :
« Marine Le Pen, dans la vie politique française, représente la négation de tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Le Pen, c’est la France de la réaction, c’est la France de Maurras qui continue. Ce retour est effrayant. Malheureusement, la constante, c’est la réaction. Elle a traversé l’histoire. Ces gens-là parlent sans savoir ce qu’a été le gaullisme de 1940. Quand je les entends revendiquer cet héritage, je le ressens comme une imposture ».
Cette alerte avait été faite au JDD, et cela juste avant son rachat par Vincent Bolloré, sombre ironie de l'Histoire.
Antoine Trupiano Remille

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