Schönerer le père spirituel d'Hitler, Le Pen père spirituel de Bardella
- contrediremedia
- il y a 3 jours
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Schönerer a trouvé ses limites, là où Jean-Marie Le Pen a trouvé les siennes.
La stratégie d'Hitler les a dépassés, ce que Bardella tente d'entreprendre.
Au XIXe siècle, Schönerer a gravité dans les cercles révolutionnaires, lorsque les courants idéologiques se sont croisés, séparés (socialisme, libéralisme, anarchisme), et des personnalités se sont rendues compte de ce qu'ils les séparaient. Il a joué sur tous les tableaux idéologiques jusqu'à ce qu'on ne sache plus où le situer, entretenant ce flou permettant de s'immiscer dans tout milieu. En 1882, il a participé au Programme de Linz aux côtés de grandes figures autrichiennes libérales et proches de l'Empire allemand. Dans les années qui ont suivi, Schönerer a ancré le programme de Linz dans une perspective antisémite, évoquant les peuples aryens. L'historien libéral, juif Friedjung et Victor Addler ont alors mis fin à tout lien avec Schönerer. Mais il a réussi à amener vers lui le leader de la droite allemande Adolf Stoecker. Il est à ses côtés au Congrès international antijuif de Dresde. Il a eu quelques succès électoraux, notamment dans les ultimes moments de sa carrière, comme en 1901. Sa violence l'a desservi, il a été incapable de se contrôler, engendrant son isolement. Cela lui a même valu la perte de son statut de noble. Il a échoué à apparaitre respectable aux yeux des capitalistes. Cet échec semblait d'autant plus notable, que le grand parti de la droite autrichienne (plutôt nationaliste autrichien) de Karl Lueger (autre inspiration d'Hitler) était aussi très antisémite. De plus, après son tournant socialiste et sa fondation du Parti ouvrier social-démocrate, Victor Addler a incarné le cordon sanitaire au sein de la gauche autrichienne. Schönerer est demeuré comme un agitateur, certes éloquent et suscitant les éloges d'Hitler dans Mein Kampf, son père spirituel comme le dira Hannah Arendt.
À la suite de sa condamnation en 1924, Hitler allait progressivement comprendre qu'il devrait sortir de ce rôle d'agitateur, confinant parfois au ridicule. Ce n'était pas un grand intellectuel, il mixait tous les auteurs qui passaient et en faisaient sa bouillie, dite Mein Kampf. Il a fini par se rapprocher de la droite classique, purger les éléments encombrants du parti (Strasser), et se tournait vers le monde patronal et la finance. Ce qui avait assurément manqué à Schönerer. La presse patronale s'est emballé sur ce parti de gouvernement que devenait enfin le NSDAP.
Au XXe siècle, Jean-Marie Le Pen a commencé sa carrière au cœur du poujadisme, mouvement démagogique attrapant au passage de nombreux nostalgiques de Vichy. Il a profité d'une grave manif de la police devant l'Assemblée nationale, afin de se mettre en avant. La police est l'héritière de Pétain dans les années 50, composée de gradés collabos, notamment incarnée par l'infâme Dides. Au fil des années, l'absence de contrôle et cette posture d'agitateur ont isolé le personnage. Autour de lui que des collaborateurs, néonazis, pétainistes, antisémites pour fonder le FN/RN. Notamment François Brigneau, Pierre Bousquet, Gaultier, André Dufraisse, Malaguti, Gaucher, François Duprat, Victor Barthélémy. Il a poussé la droite classique dans ses retranchements, s'alliant à son parti en 1982 à Dreux et parfois à d'autres élections. Ces frasques, ces emportements ne lui ont jamais permis la fameuse dédiabolisation.
À la suite de son engagement auprès du multicondamné Jean-Marie Le Pen, Bardella va progressivement comprendre qu'il devait sortir de ce rôle d'agitateur, confinant parfois au ridicule. Ce n'est pas un grand intellectuel, il mixe tous les auteurs qui passent et en fait sa bouillie, ce qu'il cherche d'ailleurs. Il se rapproche de la droite classique, purge les éléments encombrants du parti, et se tourne vers le monde patronal et la finance. Ce qui a assurément manqué à Jean-Marie Le Pen. La presse patronale s'emballe sur ce parti de gouvernement que devient le RN.
À la différence de la gauche, l'extrême droite peut avoir les mêmes alliés que la droite, être une opposition anti-système peut donc avoir sa fin un jour. D'hier à aujourd'hui, cela se constate.
Césaire disait : "Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler".
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