En 1806, Louis de Bonald écrivait un article violemment antisémite, assignant les juifs à la responsabilité de l'usure, de troubles violents survenus à l'Est : "Nul doute que, si les Juifs eussent été aussi nombreux dans les autres provinces qu’ils l’étaient en Alsace, les amis des Juifs n’eussent eu, tôt ou tard, à se reprocher, comme les amis des noirs, la précipitation avec laquelle ils appelaient à la liberté, qui alors était la domination, un peuple toujours étranger, là même où il est établi ; et qui avait aussi à venger l’irrémissible offense d’une longue proscription". Cet adversaire de la Révolution française et fervent catholique reprenait aussi à son compte le mythe antisémite des juifs déicides, vus comme les assassins de Jésus-Christ.
Napoléon Bonaparte a été un lecteur de cette figure monarchiste, et cela a entre autres attiré son attention sur les personnes juives. Il a été exigé l'assimilation forcée des personnes juives, que l'Empereur considérait comme un problème : "Notre but est de concilier la croyance des Juifs avec les devoirs des Français, et de les rendre citoyens utiles, étant résolu de porter remède au mal auquel beaucoup d’entre eux se livrent au détriment de nos sujets". Sous l'épée de Damoclès de siècles de pogroms antisémites de l'Europe chrétienne, d'une suspension de fait de la citoyenneté acquise par la révolution en 1791, les leaders religieux ont été obligés de subir les questions ignares du monde napoléonien et de se soumettre. Dès lors, la soumission a garanti la sécurité relative, et évidemment tous les éloges au maître qui allaient avec, cela va de soi, le Consistoire central israélite de France fut créé. La macronie à la Darmanin perçoit ce moment comme un exemple pour d'autres politiques d'assimilation à mener concernant les musulmans, ne remettant pas en cause les préjugés antisémites comme l'usure au passage. Mettre un couteau sous la gorge à des individus historiquement opprimés en France serait donc un objectif politique en macronie ?
La société française a été imprégnée de préjugés antisémites, en effet comment gommer des centaines d'années d'oppression en un instant, notamment quand les pouvoirs successifs ne s'en souciaient pas tant.
Il faut ainsi rappeler que cet héritage antisémite en France n'a pas épargné la gauche au XIXe siècle.
Il ne reste bien que l'intervenant CNEWS Michel Onfray afin de glorifier Proudhon, celui issu "d’une lignée de laboureurs francs" face au détestable Karl Marx "issu d’une lignée de rabbins ashkénazes". Onfray s'émerveille de Proudhon l'antisémite, et détruit tous les autres avec des copier-collers d'antisémites notoires comme Debray-Ritze ou Bénesteau (proche du RN Wallerand de Saint-Just). Qu'il reste donc au monde Bolloré, ce n'est certainement pas un camarade de la gauche.
La gauche a suivi Jean-Jaurès, déconstruisant ses préjugés, la gauche n'a gardé que la seule phrase qui vaille à notre esprit : "Il n'y a qu'une seule race, l'humanité". Sébastien Faure, nombre d'anarchistes et de socialistes révolutionnaires avaient déjà pavé le chemin vers le camp dreyfusard, le camp de la "justice, de la liberté et de la solidarité sociale" contre les "forces d'oppression coalisées", afin de citer Dreyfus lui-même.
Compagnon de la construction du socialisme scientifique auprès de Karl Marx, Friedrich Engels a soutenu les différentes démarches pour l'égalité des personnes juives, éloigné Marx de ses préjugés, (issu du flou hégélien à la Bauer), sans se défaire de quelques-uns. Il a tenu à affirmer en 1890 que son camp est l'ennemi de tous les antisémites : "L'antisémitisme est la marque d'une culture arriérée". Il a démonté l'ignorance sociale des antisémites, essentialisant tous les juifs à la richesse et l'opulence : "il y a des milliers et des milliers de prolétaires juifs ; et ces Juifs sont les plus exploités et les plus misérables des ouvriers. Nous avons eu ici en Angleterre dans l'année qui vient de s'écouler trois grèves d'ouvriers juifs". Engels avait lui-même été traité de "Juif" dans les journaux conservateurs, comme si cela devait constitué la plus grave insulte qui soit, il dira porter ce prétendu blâme comme une fierté. Il ne lui était aussi pas pardonné par les antisémites sa destruction méthode de l'influence de l'antisémite Eugen Dühring. Soudainement devenu un socialiste romantique dans les années 1870, Dühring a imaginé un capitalisme sans ses contradictions et sans la "race juive", les "parasites" comme Marx. En 1977, Engels a rédigé « Le renversement de la science fait par monsieur Eugen Dühring », où il a démontré que le socialisme et l'antisémitisme sont incompatibles. Il a expulsé ce pseudo-scientifique de la sphère social-démocrate, qui a ensuite formé une secte marginalisée.
Proche de Engels, député du Parti ouvrier français et gendre de Karl Marx, Paul Lafargue a appelé ces camarades à prendre fait et cause pour Dreyfus, considérant qu'il existait ici un contexte propice à une mobilisation plus large contre l'antisémitisme. Rare opposant à la colonisation, fier de ses multiples origines, il se revendiquait "fils" de trois peuples opprimés.
Certains sont troublés de constater les évolutions de Mélenchon et d'autres sur l'islamophobie, c'est une démarche historique de la gauche, même Marx a dû être poussé en ce sens par ses proches.
Un des grands dirigeants de la IIe internationale à partir de 1889, le grand ami d'Engels Victor Adler a impulsé l'importance de la lutte contre l'antisémitisme qu'il avait lui-même vécu, particulièrement dans les milieux libéraux. Le puissant fondateur et indétrônable président du Parti ouvrier social-démocrate d'Autriche a mis au cœur de la gauche internationale ce sujet. Il avait quitté le projet libéral du Programme de Linz, en raison de la virulence de l'antisémite Georg Ritter von Schönerer (issu du Parti libéral) et sa volonté de bannissement de la "race juive". Au début du XXe siècle, le jeune Hitler s'est passionné pour Schönerer.
En 1902, la gauche dreyfusarde s'est liguée aux côtés des durkheimiens pour faire barrage à Georges Vacher de Lapouge, qui voulait succéder à Durkheim à la chaire de Science de l'Université de Bordeaux. In fine, l'héritier du raciste Gobineau a alors subi une disqualification scientifique et politique. Cela n'a malheureusement pas empêché son succès aux États-Unis et en Allemagne. Emile Durkheim était un Dreyfusard et ami de Jaurès.
Tandis que la gauche entamait sa déconstruction, l'extrême droite de la Contre-révolution se captivait pour le pamphlet immonde "France juive" de Drumont publié en 1886. Une part de la droite y allait et le reste se tentait.
Le vieux Clémenceau a certes été un dreyfusard, mais après 1920 il n'a plus fait l'Histoire de la droite française, qui déjà se divisait à son sujet au vu de ses amitiés socialistes. Il a été tout le contraire de l'antisémite Xavier Vallat et son avènement en 1920. Comme tant d'autres, Clémenceau n'a pas été dépourvu de lourds préjugés antisémites, notamment dans "Au pied du Sinaï" en 1898. Cela constituait une accumulation de stéréotypes antisémites, fort heureusement de plus en plus intolérables au cours de l'Histoire.
Tel est le tragique de l'Histoire, que certains manipulent à leur guise, les opposants à l'antisémitisme étaient grandement imprégnés de préjugés antisémites systèmiques, parfois les plus terribles et dits des manières les plus infâmes. En outre, la critique radicale de la religion conduisait parfois à un manque certain de discernement sur les propos tenus. De plus, les confusions sémantiques, les débats sur l'hérédité et la biologie amenaient à un usage incertain du terme "race", par ceux-là même qui refutaient le racisme biologique et l'existence biologique d'une "race juive".
Tout cela devrait conduire, si on se réfère à l'extrême droite historiquement antisémite et une droite désireuse de révisionnisme, à tracer un signe égal entre Marx, Engels, Jaurès, Clémenceau, les dreyfusards, tous leurs alliés et le monde de l'antisémite Xavier Vallat, de Drumont, Maurras, Barrès, les antidreyfusards ? Vallat, le grand homme de la droite du XXe siècle, le commissaire aux Affaires juives de Pétain.
En 1920, le règne de Clémenceau touchait à sa fin, et Vallat ouvrait à sa manière cette nouvelle période avec son premier grand discours. Il commentait ainsi la venue de Clara Zetkin au Congrès de Tours : "Clara Zetkin s'est donc introduite en France malgré les ordres donnés aux divers agents de la sûreté nationale. Est-ce très étonnant ? Non, car dans une discussion récente qui a eu lieu dans une enceinte voisine, on a établi avec quelle facilité les émigrants venus de l'Est, se disant tous israélites russes ou polonais, même lorsqu'ils parlent l'allemand et ignorent le slave, pouvaient passer la frontière à pied et apporter au 4e arrondissement de Paris à la fois leurs insectes, leurs théories bolchevistes et les germes de la maladie. Et ce que j'en dis ne doit nullement froisser les quelques israélites français, bien assimilés à notre race, qui se trouvent parmi nous et parmi lesquels il convient de rendre un hommage particulier à notre honorable collègue, M. Erlich, qui, à maintes reprises et fort courageusement, a signalé le danger de la conjuration germano-bolcheviste". C'est antisémite, c'est xénophobe, tout y est, et la droite a applaudi vigoureusement la prestation d'un des hommes qui va désormais dominer la droite française, le futur Commissaire aux affaires juives de Pétain. Il a pris soin de différencier le bon croyant républicain (dit israélite depuis Napoléon) et le mauvais croyant (dit le juif). Il s'en prenait souvent aux théories du "Juif Karl Marx".
Sébastien Faure, Rosa Luxemburg, Trotsky, Jean Jaurès, Léon Blum, on ne comptera plus les personnalités de la gauche qui s'attaquaient à l'antisémitisme, sans se détacher de quelques préjugés sans doute. Cette prise de conscience n'a pas été du goût de Marquet, Doriot, Déat, Laval, rapidement exclus, et une attirance vers le patronat n'a pas davantage aidé qui plus est. Le monarchiste Alibert les a progressivement amené dans le panier de son maître Pétain.
Le 4 juin 1936, la droite faisait de Xavier Vallat son candidat à la présidence de la Chambre face à Édouard Herriot. Il a échoué, mais 150 parlementaires de droite se sont alors rangés derrière un antisémite notoire, la grande majorité en somme. Il ne s'est plus jamais arrêté contre le "Juif Blum". Les modérés, les respectables, pas tout à fait alignés, dont on attendait une réaction, comme Jean Le Cour-Grandmaison, ne s'opposaient jamais et ont même rallié Pétain finalement.
Trahissant le Front populaire, le Parti radical de Daladier va bien courir après tous ces gens, rédigé des lois xénophobes pavant le terrain au régime de Vichy, pris d'amnésie sur l'antisémitisme abject de ses nouveaux alliés du Parti démocrate populaire (droite catholique, ancêtre du MRP) et de l'Alliance démocratique (droite libérale). Les radicaux n'ont jamais eu comme repère Jaurès, qui en sera étonné d'un tel comportement.
Il est venu le temps où le complot judéo-bolchevique est repris par les fascistes au pouvoir dans toute l'Europe. Un temps venu de la révolution bolchevique, un temps pas si lointain au demeurant.
Trotsky a été la cible, l'incarnation du judéo-bolchevisme, l'extrême droite a haï sa lutte contre la haine des juifs. Mélenchon est la cible, l'incarnation de l'islamogauchisme, l'extrême droite hait sa lutte contre la haine des musulmans. Une même mécanique raciste, entre essentialisation, déshumanisation, hiérarchisation et fabrication complotiste de l'ennemi intérieur.
Trotsky a défendu les personnes juives, accusées de crimes rituels, d'être les assassins du Christ, de dominer le monde. Mélenchon défend les personnes musulmanes, accusées d'être les responsables de la criminalité, d'imposer leur idéologie dangereuse, de tous les maux de la société.
Fondateur de l'Action française et figure de la construction idéologique du FN/RN, Charles Maurras disait : "Le juif n'est pas français". Eric Zemmour, De Villers et tant d'autres RN disent : "L'islam n'est pas compatible avec la République française".
Tout défenseur des juifs devenait un ennemi, Trosky en faisait partie. Tout était bon pour essentialiser cet enfant d'une famille juive. Tout défenseur des musulmans devient un ennemi, Mélenchon en fait partie. Tout est bon pour essentialiser cet enfant né à Tanger.
Trotsky était un monstre rouge venu engloutir la dite civilisation chrétienne sous l'agenda du judéo-bolchevisme. Mélenchon est un monstre rouge venu engloutir la dite civilisation chrétienne sous l'agenda islamogauchiste.
Mélenchon et Trotsky s'inscrivent dans l'héritage politique du "Juif Marx", afin de citer encore l'antisémite Charles Maurras. Toute personne non blanche approchant Mélenchon est rapidement qualifiée d'un de ses alliés "islamistes". L'individu est assigné à une catégorie essentialisée, le Juif, le Talmudiste ou le Musulman, l'Islamiste.
La Libre Parole, Je suis partout, Gringoire, L'Action française, Le Franciste, L'Antijuif étaient en guerre contre la "la France juive, le péril juif". Tant de prétendus modérés comme Paris-Soir gardaient le silence, voire pire. Le Figaro, Le Point, CNEWS, le JDD, Franc-Tireur, CharlieHebdo sont en guerre contre "la France islamiste, le péril islamiste". Tant de prétendus modérés comme Le Monde gardent le silence, voire pire.
Être juif n'était pas synonyme de religion au début du XXe siècle, c'était la figure d'un être essentialisé, déshumanisé et dont l'extrême droite veut la disparition. Être musulman n'est pas synonyme de religion au début du XXIe siècle, c'est la figure d'un être essentialisé, déshumanisé et dont l'extrême droite veut la disparition.
La droite et l'extrême droite de Vallat exigeaient que les juifs soient Francais avant d'être juifs, ils vantaient les "quelques israélites français, bien assimilés". La droite et l'extrême droite de Darmanin exigent que les musulmans soient Francais avant d'être musulmans, ils vantent les "quelques musulmans français, bien assimilés".
La droite s'exprimait sur Léon Blum : "Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif…". La droite s'exprime sur Mélenchon : "Moi je dis au premier imam de France qu'est Jean-Luc Mélenchon : ferme bien ta grande gu**le !".
Il y avait bien quelques suicidaires, concernés par ce racisme, qui blâmaient les antiracistes aux côtés des antisémites, tel Bloch. Il y a bien quelques suicidaires, concernés par ce racisme, qui blâment les antiracistes aux côtés des islamophobes, tel Chalghoumi.
Bien gaçant à constater, fut l'attitude de Edmond Bloch et son Union patriotique des Français israélites. Il a voulu prouver à tout prix qu'il était un israélite, un assimilé, il voulait le prouver au théoricien de l'antisémitisme d'État Charles Maurras, à Xavier Vallat, Robert Brasillach. Il n'avait rien à voir avec ce "bolchevique" de Bernard Lecache, fondateur de la Ligue contre l’antisémitisme (LICA). Ces funestes personnages lui écrivaient même qu'il était un "juif bien né" à l'occasion. Il s'est présenté face au Front populaire, soutenu en ce sens par les dirigeants du Consistoire central israélite de France. Ami du Maréchal Pétain, le pauvre président du Consistoire israélite de France a cru en cette vaine promesse, cette terrible manipulation, jusqu'à sa déportation en 1943. Un antisémite reste un antisémite, un raciste reste un raciste, leur plaire ne sert à rien. Tous les Chalghoumi d'aujourd'hui ont-t-ils seulement appris de l'Histoire française dont ils se revendiquent tant ?
Il n'était même pas question de soutenir l'idéologie de Trotsky, mais de constater qu'on associait à son nom la mécanique raciste au fondement d'un génocide. Il n'est même pas question de soutenir l'idéologie de Mélenchon, mais de constater qu'on associe à son nom la mécanique raciste au fondement d'un avenir inquiétant.
Rosa Luxemburg proclamait que l'antisémitisme est "le drapeau commun de l’arriération politique et de la barbarie culturelle". Danièle Obono proclame que les racistes : "compensent par la constance de leur hargne et leurs obsessions mortifères ce qui leur manque d'imagination lexicale".
Les propos d'une "Juive" et d'une "Islamiste", selon certains.
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