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Le sacrifice capitaliste des minorités, la fin du social-libéralisme.

  • Photo du rédacteur: contrediremedia
    contrediremedia
  • 12 janv.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 janv.

Le capitalisme abandonne, sacrifie les "minorités".


De Mai 68 à l'ère Thatcher, le libéral a perçu un danger en germe et le capitaliste a vu une opportunité dans les luttes des minorités.


Les minorités non intégrées au capitalisme portaient une contestation radicale du système, un risque révolutionnaire, et ils convenaient de les intégrer à celui-ci.


Les vieux conservateurs libéraux à la Margaret Thatcher ne pouvaient pas entreprendre cette tâche. C'est ce temps où Michel Barnier assumait de ne pas vouloir la dépénalisation de l'homosexualité. En effet, les droits des femmes étaient davantage une concession faite de la droite, et cela dans les larmes, la sueur des concernées, à l'image de celles de Simone Veil confrontée au mépris de son propre camp. Alors puissante en Europe, la gauche communiste a soutenu cet élan, de Croizat proclamant l'abolition du salaire féminin à Marie Couette dirigeant la CGT. Tout comme la lutte pour la décolonisation (qui mériterait une analyse à part pour en comprendre toute la particularité). Certes, la toute première Commissaire aux affaires sociales soviétique Alexandra Kollontaï pourrait témoigner de l'hypocrisie du principal soutien, l'URSS. Cette gauche communiste n'a jamais véritablement occupé durablement un gouvernement, et cela jusqu'à son effondrement.


Dès lors, la solution est venue d'une forme de gauche en cours de libéralisation, qu'elle s'appelle le Parti démocrate, le Parti socialiste, le SPD, le Parti travailliste, qu'elle prenne le visage de Clinton, Blair, Schröder, Renzi, Zapatero ou Hollande. Longue Histoire que les compromissions de ces partis, personnalités et l'instrumentalisation entreprise des luttes des minorités, qui sont désormais conspués par les mêmes. Il faut aussi savoir que Marx, Jaurès, Roosevelt, Perkins, Bebel étaient alors bien loin des esprits, plutôt tourné vers l'École de Chicago. In fine, après tant de combats, de martyrs, l'accès aux droits avancent pour les personnes LGBTQ+, les femmes et les personnes racisées. Les droits des travailleurs et travailleuses sont en même temps attaqués, une dimension guère prévue au programme électoral, mais essentielle à une conversion au libéralisme économique.


Cela attire les capitalistes qui y voient l'occasion de rentabiliser cet accès à l'égalité. Il fleurit une responsabilité sociale des entreprises, des modes de recrutement inclusif, un management ouvert à la diversité, que de beaux mots, projets qui ne cachent pas la réalité. Ce capitalisme a envie de donner des gages de respectabilité, rassurer après sa remise en cause post-2008. Toutes les industries, du cinéma au divertissement à la tech, bercent dans le féminisme washing, le pinkwashing, le récupération commerciale de luttes sociales. Vous n'achetez plus seulement une brosse à dents, vous achetez une brosse à dents LGBTQ+. Vos produits sont fabriqués par des enfants, des travailleurs sous-payés, dans des conditions infamantes, mais ils sont de la couleur de la dénonciation de vos oppressions.


Parfois, des belles âmes se laissent bernées par ce capitalisme prétendument moral. Ben Cohen et Jerry Greenfield en font activement partis. Leur entreprise Ben & Jerry's a été vendu à la multinationale anglaise Unilever en 2000. Au Vermont, terre historiquement républicaine conquise par Sanders et ses alliés, les deux dirigeants ont gardé la main sur un comité de direction indépendant. De sorte que l'entreprise Ben & Jerry's a assumé une vocation sociale comme aucune autre aux États-Unis, elle a son palmarès la lutte pour les droits LGBTQ+, pour la Palestine, l'antiracisme, les droits des femmes et des personnes immigrées. Le groupe Unilever a accompagné les deux activistes dans la mise en œuvre de leurs projets contre les discriminations dans l'entreprise. Un jour, la multinationale a inauguré un changement d'époque, le vernis social était terminé, d'ailleurs beaucoup de projets sociaux n'avaient jamais vraiment été concrétisés, sans cesse repoussés, de vaines promesses. Ben Cohen et Jerry Greenfield ont vu ce que c'était le capitalisme moral promis par le Parti démocrate sous Obama, sauvant au passage les dérives des grandes banques en 2008.


Le capitalisme s'est nourri jusqu'à la moelle de la rentabilisation de luttes sociales dont il se moque éperdument, sans avoir vocation à dépasser les mécanismes oppressifs. Pinkwashing, féminisme washing, des mots valises pour décrire les subterfuges du capitalisme mondialisé...


Ce temps du "wokisme commercial" semble révolu, ce social-libéralisme bon teint céde le pas à la glorification des valeurs conservatrices. Jadis, les géants de la tech soutenaient le Parti démocrate. Les démocrates sont des libéraux au service de la bourgeoisie internationale et financière, qui se peignent en grand défenseur des minorités. Toutefois, les grands patrons ont compris que leurs intérêts allaient à l'extrême droite (Musk, Bezos, Zuckerberg...). C'est au cœur d'un monde où la violence va se déchaîner au rythme du réchauffement climatique, et qui de mieux que l'extrême droite pour incarner cette époque de violence.


En France, Bernard Arnault est-il un Bezos en devenir, passé de démocrate à trumpiste en un éclair (censurant même un soutien de son prestigieux journal The Washington Post au Parti démocrate) ? Pour le moment, Arnault préfère la droite macroniste au RN, mais où mènera son obsessionnel refus d'un pouvoir de gauche, de politiques de gauche ? Aux mêmes conclusions que le patronat allemand des décennies auparavant ?


Les grandes entreprises ont voulu se parer d'un vernis social. Il n'est plus question de faire semblant. Les règles adoptées en matière de discriminations et de diversité du personnel disparaissent progressivement, Zuckerberg est le dernier exemple en date, après Bezos, Ford... Même l'entreprise Ford avait cédé quelques graines de tolérance, c'était aussi une manière d'occulter le passé nazi et antisémite de son pionnier Henry Ford, ayant reçu la Grande-Croix de l'ordre de l'Aigle allemand d'Hitler en 1938. Comme dit précédemment, tout cela n'est plus.


Dès lors, les films exaltant la religion chrétienne et les valeurs familiales conservatrices suscitent l'intérêt de l'industrie du cinéma. En dépit de toute l'hypocrisie derrière, cela présage sans doute un recul des films dits inclusifs.


La droite social-libérale a tenté de vendre pendant si longtemps un monde où le capitalisme pourrait être moteur de l'émancipation des minorités. Sombre mensonge. La pomme a toujours été dans le fruit libéral. Grand penseur du social-libéralisme, John Stuart Mill va défendre cette considération des luttes des minorités dans le cadre des limites du capitalisme, notamment pour les droits des femmes. Cette limite est la classe évidemment, mais aussi la race sociale. Il y a les pays où la démocratie et les droits humains ont un sens, et les pays des barbares, ces colonies déshumanisées où ces règles ne marchent guère.


Le Times partage cette conception raciste après le coup d'État contre le Premier ministre Iranien social et laïc Mossadesh en 1953. Le journal décrit un pays "arriéré", où une monarchie absolue est finalement préférable à des élections. Les USA et le Royaume-Uni ont mené ce coup d'État de concert avec des monarchistes et des islamistes. Ennemi des monarchistes et des fondamentalistes, homme de lettres, Mossadesh avait pourtant tout d'un héros pour l'Occident, sauf qu'il n'était pas blanc ni au service de ses intérêts. De nos jours, le problème n'est pas vraiment que le révolutionnaire soit islamiste, mais qu'il soit hostile aux intérêts occidentaux. Si bien que l'islamisme paraît être l'épouvantail parfait si besoin est.


Cette limite paraît aussi la survie même du capitalisme, qui doit perpétuer ses cycles de crise, sa destruction du travail vivant et de notre propre environnement. Les minorités sont sacrifiables, si la nécessité l'exige, si la rentabilité l'exige.


Les familles de la bourgeoisie allemande, les Von Papen en tout genre qui ont porté Hitler au pouvoir, avaient pu croire hier encore en la stratégie de Bismarck. Au XIXe siècle, le chancelier impérial Bismarck voulait couper les aspirations révolutionnaires par quelques miettes sociales distribuées. Les dominants peuvent changer de stratégie au gré des opportunités, prendre en un instant tout ce qu'ils ont temporairement cédés.


Quelques contradictions se glissent au cœur d'une époque à la confluence d'un désir de liberté et d'une percée réactionnaire. Un mai 68 dans les années 30. Les figures du retour fasciste seront parfois des femmes, des personnes homosexuelles, au détriment de leurs propres droits. Est-ce une véritable nouveauté ?


L'Histoire est un refuge de recul sur les choses. Ainsi, Pilar Primo de Rivera fut une icône du coup d'État fasciste de Franco et d'Hitler en Espagne, à la tête de la Seccion feminina. Il est aussi possible de citer Mercedes Sanz Bachiller, figure du monde caritatif et de l'aide à l'enfance. Avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler, une des grandes figures du NSDAP fut Ernst Röhm, dont l'homosexualité n'était pas ignorée par les cadres du parti. D'autres bien moins connus ont fait de leurs maris les plus hauts responsables des régimes fascistes, l'allemand Reinhard Heydrich ne serait sûrement jamais devenu l'adjoint de Heinrich Himmler, sans les efforts et l'intelligence de sa femme Lina Heydrich. N'est-ce pas l'écho du discours d'une Thaïs d'Escufon, de toutes les Némésis de la place d'une femme auprès de son mari, vantant cette complémentarité des sexes et les places différentes assignées ?


Aussitôt le fascisme au pouvoir, sans le moindre garde fou pour l'arrêter, Pilar a été la voix de la régression des droits des femmes. Elle a fait appliquer son Guide de la bonne épouse, exigeant des femmes une totale obéissance et servitude à leurs maris, au patriarcat, au dictateur Franco. Bachiller a été récompensée par l'Allemagne nazie, et s'est inspirée du Reich pour proposer un service civique obligatoire aux femmes (conformes à leur genre). Tandis que Röhm a été massacré (humilié au passage dans le lit de son amant) pendant la Nuit des long couteaux en 1934, comme d'autres blancs croyant à une révolution sociale au bénéfice des blancs modestes. Si bien que la relative tolérance dont bénéficiaient les quelques cadres homosexuels comme Röhm s'est évaporée, et la déportation des personnes homosexuelles fut massive. Et enfin Lina Heydrich ne sera qu'une épouse sans droits, soumise par son genre à son mari Reinhard Heydrich.


Grande alliée de Trump et Le Pen, Georgia Meloni ouvre cette voie. Sa chasse des familles homoparentales, son attaque méthodique des droits humains et du système social servent un agenda fasciste. Ce n'est qu'un début pour toutes les Serena Joy. Ces dernières s'évertuent à construire un monde où leur place assignée sera celle de leur genre, elles y prennent même un leadership de circonstances.


Or, dans un tel monde, il ne demeure que la violence des Commandants, le pouvoir des mêmes hommes, les Von Papen et les Henry Ford du XXIe siècle, au service de l'avènement des Führer.




 
 
 

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