Faure n'est pas de gauche , la mort de l'aile gauche du PS
- contrediremedia
- 17 janv.
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Dernière mise à jour : 18 janv.
Les politiques, et c'est parfois une tradition au PS, mentent.
Pour citer François Hollande, reprenant presque Pasqua au mot près : "Les programmes n’engagent que ceux qui les lisent".
Juste avant les élections municipales, des soutiens d'Hidalgo n'hésitaient pas à dire qu'elle n'avait aucun rapport avec Hollande et qu'elle n'avait jamais soutenu ce dernier dans un Congrès. Triste mensonge. Après tout, qui ira vérifier les positions d'Hidalgo dans les Congrès du PS ? En effet, aux congrès de 2008, 2012, 2015, Hidalgo a soutenu la motion d'Hollande.
À partir de là, il est facile pour n'importe qui de se proclamer d'une mystérieuse aile gauche du PS. Les soutiens de Faure aimaient l'entreprendre au temps de la NUPES. C'est quoi cette fameuse aile gauche du PS ?
Au Congrés de Mans en 2005, l'aile gauche se sépare en deux motions : NPS et celle de Fabius. Ces deux motions ont en commun une opposition au Traité constitutionnel européen de 2005. Une part de l'aile gauche mise sur Fabius pour prendre le leadership face à Hollande, et l'autre partie se méfie de Fabius.
Motion NPS : Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Michel Vauzelle et Guy Bono soutenu par Alternative socialiste (Henri Emmanuelli, Marc Dolez, Gérard Filoche, Jean-Pierre Masseret).
Motion Fabius : JLM, Alain Vidalies, et Marie-Noëlle Lienemann.
Ce congrès débouche sur une domination du parti par la motion Hollande-Aubry.
Cette aile gauche obtient différents gages, notamment par la percée de la motion Fabius :
- Plan d'urgence sociale pour les banlieues.
- Du refus par le Parti socialiste de ratifier la constitution européenne rejetée le 29 mai 2005.
- Du refus d'alliance avec la droite, en particulier l'UDF.
- De l'abrogation des "lois scélérates" (sur les retraites, sur le contrat nouvelle embauche, sur la sécurité sociale, sur la réduction du temps de travail, etc.).
- De l'augmentation du SMIC en euros constants (en tenant compte de l'inflation) à 1500 euros sur la prochaine législature.
- De la renationalisation d'EDF.
- D'une refonte des modalités de vote interne au PS.
Au Congrès de Reims en 2008, l'aile gauche du parti est unie. Il y a le Nouveau parti socialiste Ambition socialiste (Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès), Démocratie et Socialisme (Gérard Filoche), Jacques Fleury (contribution « Et si le parti restait socialiste ! »), Trait d'union (Jean-Luc Mélenchon), Forces militantes (Marc Dolez), Nouvelle Gauche (Pierre Larrouturou).
En outre, Martine Aubry avait jusqu'à maintenant davantage été ouverte aux négociations auprès de l'aile gauche qu'Hollande, cette fois-ci, son alliance avec les strauss-kahniens inquiète.
D'autant plus, il y a l'émergence d'une motion Collomb/Royal avec Belkacem, Valls (devenu macroniste), Peyon, Dray, Mennuci et Rebsamen (devenu macroniste). À la différence de Hollande qui joue le flou, ces personnes assument un discours néolibéral. Valls ne sera pas Premier ministre pour rien d'Hollande, incarnation d'un virage droitier.
Les amis de JLM constatent un tournant droitier impossible à arrêter au PS et fondent le Parti de gauche. De plus, il y a une véritable colère contre des Congrès émaillés de combines, de magouilles. La direction du PS ignore complètement sa précédente promesse de refondre le système de vote.
Au Congrès de Toulouse en 2012, les troupes d'Hamon désertent la gauche du parti, et ils soutiennent Hollande en échange de quelques promesses de ministères. Ils narguent aussi le PG de JLM et promettent la lune à EELV. Le résultat de tout cela a été vu.
Tout comme Martine Aubry, qui reste silencieuse sur la plupart du mandat Hollande et refuse la moindre censure du gouvernement Valls. Aubry fera une vague tribune critique à la toute fin du quinquennat.
L'aile gauche n'est plus que l'ombre d'elle-même. Jadis, elle a représenté une part significative de ce PS. La motion "Maintenant la gauche" est un effondrement.
"Maintenant la gauche : Emmanuel Maurel, Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj et le mouvement Utopia. Membres d'Un Monde d'Avance (gauche du PS, 2008).
Ainsi que Balas, futur coordinateur de Génération.s
"Nous ne pouvons accepter le TSCG (traité budgétaire européen) en l'état et nous plaidons pour une véritable renégociation".
Les signataires de la motion refusent "la logique d'austérité, qui domine selon eux le «traité Merkozy», et souhaitent une intervention accrue de la BCE pour résorber les déficits. Pour revaloriser le pouvoir d'achat, ils plaident pour une augmentation significative du Smic et une meilleure progressivité du système fiscal".
"Sur le volet de l'emploi, la nationalisation de sites industriels menacés est envisagée, ainsi qu'un vrai «coup d'arrêt» à la réforme générale des politiques publiques (RGPP)."
L'aile gauche du PS rêve d'un "parti combatif, associé au mouvement social", en dialogue permanent avec EELV et le Front de gauche.
Au Congrès de Poitiers en 2015, les proches d'Hamon se sont désolidarisés d'Hollande. Certains aubrystes n'arrivent plus vraiment à suivre Hollande, et ne s'étaient jamais vraiment reconnus à la gauche du parti. Une partie dit une chose au Congrès et une autre dans l'espace politique public. Cette aile gauche n'a plus la clarté qu'elle a pu avoir.
Cela donne une ultime motion "À gauche pour gagner !" des frondeurs à l'hégémonie hollandiste : Christian Paul, Aurélie Filippetti, Laurent Baumel, Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj, Gérard Filoche, Benoît Hamon, Guillaume Balas, Pouria Amirshahi, Barbara Romagnan, les socialistes du mouvement Utopia.
Tous ces noms ne sont pas des gages de la sincérité de gauche de chaque protagoniste, or ce sont des éléments factuels sur le positionnement idéologique pris par ces derniers en interne du PS.
Olivier Faure prend le pouvoir en 2018, soutien de Rocard, d'Hollande aux Congrès de 2012 et 2015. Cet ancien porte-parole du PS et président du groupe PS à l'assemblée incarne la continuité.
Faure vote le Pacte de stabilité européen (trahison de campagne, accord rédigé par Merkel et Sarkozy), la réforme Touraine (augmentation de la durée de cotisation), les coupes du budget de la santé, le CICE (cadeau de 140 milliards aux grandes entreprises), la loi Rebsamen, la loi liberticide sur le renseignement. À une exception près, Faure a voté toutes les réformes anti-sociales d'Hollande. Si on se fie au chiffre du Parisien en 2016, Faure a voté près de 95% des textes d'Hollande.
L'aile gauche représentée par Maurel constitue quelques restes après tant de départs qui ne se sont plus arrêtés. Certains sujets ne suscitent absolument pas son intérêt, comme la question sociale antiraciste.
Au Congrès de 2021, l'aile gauche du PS n'a plus aucune motion, existence, la seule opposition interne à Faure est celle de Hélène Geoffroy, dans la lignée des motions de Valls et Collomb. Delga, Hidalgo et Mayer-Rossignol se rangent aux côtés de Faure.
La NUPES avait fait croire à un retour de cette aile gauche revenue au parti et derrière Faure, en lutte contre les hollandistes, mais force est de constater que Faure n'était qu'un mirage.
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