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Daladier, 1938, aujourd'hui, une odeur raciste et traître

Photo du rédacteur: contrediremediacontrediremedia

2025 a comme une odeur raciste de 1938.


Plus l'extrême droite gagne du terrain dans une société, plus ce qu'on appelle les "modérés", les "centristes" glissent à droite toute, guidés par les opportunismes du moment.


C'est ce qui est arrivé au Parti radical dans les années 30, un parti oscillant entre des alliances à droite et à gauche en fonction des moments, sans jamais heurter outre mesure les intérêts de la haute bourgeoisie.


En s'alliant à la SFIO en 1936, le fameux Front populaire, le Parti radical accepte un faible programme social. Il vise en priorité le sauvetage de la République, la sauvegarde de l'ordre bourgeois républicain, et cela face aux événements de 1934. Par ailleurs, beaucoup au Parti radical ne respectent pas vraiment le Front populaire, à l'image aujourd'hui du PS lors des accords NUPES et NFP. En outre, le PCF refuse dans une telle configuration toute entrée au gouvernement. Ainsi, dans la circonscription de Morlaix 1, Pierre Mazé, puissant secrétaire général des radicaux et bras droit de Daladier, se moque éperdument du Front populaire, mais il est terrassé par l’élection du jeune Tanguy Prigen. Or, la surprise vient des grèves massives qui forcent le Front populaire à appliquer un programme de gauche, absolument imprévu en réalité. Daladier n'a plus qu'un projet, se débarrasser du Front populaire et mettre fin à ces avancées sociales. Il est possible d'être au cœur d'une alliance de gauche et d'en préparer la mort, cela vous fait penser à certains aujourd'hui, qui peuvent dire : "Les programmes n'engagent que ceux qu'ils les entendent" (en 2016, les mêmes proposent la déchéance de nationalité, projet d'extrême droite).


Il faut noter le poids conséquent du Parti radical au Sénat, véritable barrière à un approfondissement des conquêtes sociales ou féministes sous le Front populaire. Ils y siègent des radicaux qui ont peu de différence avec la droite.


Alors que Daladier soutient encore le Front populaire, la presse de droite façonne sa gauche modérée, respectable à travers Pierre Laval. Vieux éléphant de la SFIO, qui n'en supporte pas l'évolution à gauche, il se lie à un certain Pétain et son conseiller Alibert, proche de l'Action française.


Les journaux se transforment, le journal Je suis partout passe de la droite aux adeptes de Maurras. On pense au sort du JDD, hier j'y lisais une critique du débat de l'identité nationale, une prise de distance, dans la tradition d'une Simone Veil, aujourd'hui c'est le relai des pires théories de l'extrême droite. Si bien que la presse a une énorme responsabilité dans la percée du fascisme au sein des années 30, citons le puissant Julius Sebastian Streicher, partisan du NSDAP. Il y en a tant d'autres, dont des revues dites respectables et de droite.


Daladier redevient vite la figure tutélaire que la bourgeoisie française et la presse attendent. En 1938, il rompt avec le Front populaire, applique des politiques austéritaires et xénophobes. Il est allié avec la droite, autant l'Alliance démocratique que le Parti démocrate populaire. De nombreux élus de ces groupes sont déjà prêts au fascisme, quand on les écoute. Votant bientôt massivement les pleins pouvoirs à Pétain, le fasciste Parti social français apporte même son soutien au gouvernement sans y participer, en mimant de temps en temps une opposition, Marine Le Pen y puiserait-elle ses récentes stratégies ? Que de répétitions, jamais de leçons pour certains. Les noms changent, les comportements demeurent, les traîtres à gauche aussi, ceux qui excellent dans les Valses.


La SFIO a purgé ses figures les plus droitières depuis 1933, les plus flous sur l'antifascisme, comme Marquet, Déat... Personne ne défend un gouvernement commun auprès d'une droite qui se rapproche dangereusement de l'extrême droite. Même au Parti radical, une minorité menée par Pierre Cot critique Daladier, peu loin il y a Jean Moulin, son ancien chef de cabinet lors du Front populaire. Écoeuré par ses modérés, le comportement de la bourgeoisie et du patronat, Cot prend ensuite un chemin commun avec les communistes, celui de la résistance.


Le président de la banque Worms, Gabriel Le Roy Ladurie, se charge de récolter tous les traîtres jadis de gauche et de les amener à ce qui va être le fascisme. Représentant des grandes entreprises, il est obsédé par l'anéantissement du Front populaire, un peu comme Bernard Arnault louant Trump. Daladier excause son souhait, tels les hollandistes de nos jours.


Figure d'un "centre gauche modéré", Daladier capitule devant la xénophobie et installe le fascisme. C'est la chasse aux "indésirables", la destruction du Front populaire. La déchéance de nationalité commence à devenir un outil de chantage pour les opinions critiques.


En 1938, Daladier (Parti radical, ancêtre du PRG) dirige un gouvernement avec le Parti démocrate populaire (droite catholique, ancêtre du MRP) et Alliance démocratique (droite libérale). Le Parti radical entame une rupture complète avec la SFIO, le PCF. Daladier avait suivi par opportunisme le Front populaire, et c'est bien terminé. Dès lors, le gouvernement de Daladier casse les apports en droit du travail du Front populaire, fait tirer sur les manifestants. La répression est implacable. La droite dite "républicaine" épouse la xénophobie de l'extrême droite, comme l'Alliance démocratique, dont un des chefs de file Flandin (collaborateur en devenir). Le décret-loi du 2 mai 1938 sur la police des étrangers s'en prend ainsi violemment aux personnes immigrées. On interne les "indésirables". Le gouvernement Dalladier bénéficie du soutien du groupe parlementaire fasciste du Parti social français (vote les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, aucune opposition).


Avant que Vichy s'en prenne aux tsiganes, aux personnes juives, aux "gaullisto-communistes", à toute différence, la droite et la "gauche modérée" cèdent à l'extrême droite sur les droits des immigrés. L'immigré est l'ennemi en 1938. Daladier instaure des sanctions lourdes : refoulements, expulsions, emprisonnement, internement administratif. Le gouvernement construit des migrants illégaux maltraités, sans empêcher l'inévitable afflux des réfugiés, des populations.


La droite et l'extrême droite visent alors le Front populaire pour avoir ouvert les portes à l'immigration, augmentant la violence et l'insécurité. Factuellement, c'était faux, les chiffres le démontrent bien. Si la réalité ne convient pas, l'extrême droite en fabrique une autre par une propagande intense, centre l'attention sur certains faits divers, comme aujourd'hui. Pourtant, sans mettre en place des lois clairement xénophobes, le Front populaire a eu un fort désintérêt pour les travailleurs immigrés. Cette croyance constitue un fantasme des fascistes des années 30, un peu comme l'accord de 1968. Des syndicalistes immigrés, comme Caporali, disent alors : "Les parents pauvres que nous sommes n’ont qu’à se taire".


La droite perçoit les immigrés comme des alliés de la gauche, parlant de "judéo-bolchevisme", écho de l'islamogauchisme. Grand intellectuel de la droite, prix Goncourt, Bedel écrivait au sujet du Front populaire : "M. le ministre de la Justice fabriquait des citoyens français avec de la lie italienne, de la moisissure russe et de la gadoue allemande". Personnalité ambivalence, le puissant député conservateur Louis Marin a largement contribué à la montée du discours raciste en France, avant de rejoindre tardivement la résistance (davantage dérangé par l'armistice). Il entretenait ce discours de l'immigration comme danger, en l'associant à la gauche, au bolchevisme, autre écho de la subversion migratoire.


L'autre adversaire, ce sont les avancées sociales du Front populaire. Daladier considère les 40 heures comme une « loi de paresse et de trahison nationale ». Il rejoint in fine le discours patronal, qui use de toutes les hyperboles au nom de la dérégulation et de son profit.


Daladier représente sans doute une des grandes figures de la 3e République. Il n'a pas rejoint le régime de Vichy, contrairement à une grande partie de la droite parlementaire. Bien avant 1940, ses politiques xénophobes et racistes ont permis d'appliquer le programme de l'extrême droite.

 
 
 

1 Comment


remiangecouzinet
Mar 12

L'histoire se déroule souvent sur le mode d'un perpétuel recommencement et vous en faites très bien la démonstration. Ce rappel est utile pour comprendre le problème posé et en trouver la solution. Merci donc pour votre travail.

N.B. relais toujours avec un s, tziganes, personnalité *ambivalente.


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